Soraya Boudia, Francis Chateauraynaud, Josquin Debaz et Nathalie Jas
(Programme FADO – IRIST / GSPR)
Un colloque de restitution des travaux menés dans le cadre du programme Santé Environnement Santé Travail (SEST) de l’ANR, s’est tenu à Paris les 1er et 2 février 2012. Il rassemblait des recherches portant sur de grandes problématiques liées à la santé environnementale, depuis le rôle de l’environnement dans l’émergence et la ré-émergence des maladies infectieuses (agents pathogènes et leurs vecteurs, bactéries et toxines), l’impact des différents facteurs environnementaux sur la santé (allergies et maladies respiratoires, perturbateurs endocriniens, résidus pharmaceutiques, pollution atmosphérique, mais aussi causalité des cancers, effets des rayonnements ou des nanomatériaux sur les mécanismes moléculaires …), jusqu’à la « construction sociale de l’expertise » et les, désormais incontournables, « controverses » qu’elle provoque, en passant par les déterminants de la santé au travail. Ce programme visait ainsi à combler pas mal de lacunes, dans le cadre français, en matière de recherches sur les liens santé-environnement 1.
Parmi les travaux relevant du volet « sciences sociales » du colloque SEST, deux présentations nous concernent directement ici : la première a été coordonnée par Yannick Barthe (CNRS/Mines) sous le titre « Des difficultés à devenir victime. Le cas de l’impact sanitaire des essais nucléaires français » ; la seconde, portée par notre équipe, était intitulée « Les cadres de l’expertise à l’épreuve des expositions aux faibles doses » (acronyme : FADO). Le rapport final du programme FADO étant désormais disponible, ce billet en reprend les grandes lignes.
- Cela dit, si les lacunes sont nombreuses, et si elles sont souvent dénoncées par des associations ou des groupes de contre-expertise, comme le Réseau Environnement Santé, la problématique santé-environnement n’a cessé de s’affirmer depuis les années 1990 en Europe. En France, elle a été au cœur de l’agenda politique, à la fois à travers les crises répétées, et avec la création des grandes agences sanitaires, dont l’AFSSA (1998) et l’AFSSE (2001), qui ont fusionné en 2010 pour constituer l’ANSES . On a pu lire sur un carnet voisin que ce champ est « encore assez peu investi par la sociologie française » (voir le billet du 13 janvier 2012 sur le carnet Sociologie de l’environnement et du risque). Énoncé un peu excessif : depuis le grand programme Risques collectifs et situations de crises du CNRS dirigé par Claude Gilbert entre 1994 et le milieu des années 2000, ces questions ont donné lieu à de multiples travaux, tant en sociologie qu’en sciences politiques, en droit ou en histoire des sciences. La notion de lanceurs d’alerte a même vu le jour dans cette mouvance très créatrice et diversifiée au sein de laquelle de multiples chercheurs ont essayé de comprendre ce qui se jouait à travers les crises sanitaires … L’histoire de ce champ, qui ne peut se restreindre à la sociologie, est désormais suffisamment riche en péripéties pour que soit venue l’heure des bilans réflexifs comme l’a montré le colloque « Retour sur la société du risque », organisé à Cerisy en septembre 2011 sous la direction de Dominique Bourg (UNIL), Pierre-Benoît Joly (INRA et IFRIS) et Alain Kaufmann (UNIL). [↩]


